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Le Tonbak (Zarb) : Un bref historique

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Le Tonbak (Zarb) : Un bref historique

par Dr. Peyman Nasehpour

Le Tonbak (Zarb) : Un bref historique

par Dr. Peyman Nasehpour

Introduction

La connaissance et l’appréciation de l’histoire du tonbak ne sont sans doute pas essentielles à ceux et celles qui veulent devenir de bons joueurs de tonbak. Il est même possible qu’elles ne représentent que peu d’intérêt pour certains. Mais je crois qu’une certaine compréhension de l’histoire de la musique et des musiciens peut nous donner une perspective plus large des choses ainsi qu’une vision plus complète de ce que signifie être un musicien. Dans cet article je vais tenter de dresser un bref résumé de l’histoire du tonbak.

Le tonbak (aussi appelé Zarb, un tambour persan en forme de gobelet) et le Daf (un tambour sur cadre kurde) sont les seuls tambours typiquement nationaux de la Perse. La présence de tambours en forme de gobelet ailleurs en Asie, en Afrique du Nord et en Europe de l’est témoigne d’ailleurs bien de l’importance de ce type d’instrument. Malheureusement, l’histoire de l’origine du tonbak ne fait pas l’unanimité. Les étymologistes nous disent que le nom en Pahlavi (langue persane pré-islamique) du tonbak est “Dombalag”, décrivant un instrument trouvé dans le Zourkhaneh (gymnase traditionnel persan), prouvant ainsi son existence antérieure à la période islamique. Les différents noms donnés au tonbak à travers son histoire permettent de retracer l’utilisation de cet instrument dans différentes parties de l’ancienne Perse. On trouvera plus d’informations sur la terminologie du tonbak sur le site Tombak Network.

Dans un excellent manuscrit portant sur la théorie de la musique persane ancienne (Kanz-al-Tohaf, by Hassan Kashani), l’auteur tente de décrire les méthodes de fabrication des différents instruments de musique de l’époque. Malheureusement, les tambours, tels que le tonbak, n’apparaissent pas dans ses descriptions. Cependant, la documentation sur le tonbak et ses joueurs pendant la période Ghajar existe, grâce notamment à deux autres documents d’importance sur l’histoire de la musique persane ([KH] et [M]).

Ostad Hosain Tehrani

Avant l’époque de Ostad Hosain Tehrani (1912-1974), le tonbak était considéré comme un instrument d’accompagnement, joué par les tasnifkhan (artistes tasnif). Il faut préciser ici que durant la période Ghajar, il y avait deux types de chanteurs : les avazkhan et les tasnifkhan. Les avazkhan chantaient les compositions non rythmées du répertoire persan radif, alors que les tasnikhan chantaient les compositions rythmées de la musique persane classique.

Ostad Hosain Tehrani fut le premier à tenter de donner au tonbak un rôle plus autonome. Il consacra sa vie à la promotion de cet instrument en Iran et en Europe. Il écrivit aussi, avec d’autres musiciens, la première méthode d’apprentissage du tonbak [T].

La peau du tonbak étant très sensible aux changements d’humidité, les musiciens qui en jouaient éprouvaient beaucoup de difficulté à maintenir la tension et l’accord constants. Ostad Hosain Tehrani demanda à un concepteur et fabricant d’instruments de musique, Ostad Ebrahim Ghanbari-mehr, de trouver une solution à ce problème. Mentionnons qu’Ostad Ebrahim Ghanbari-mehr avait été présenté à Ostad Hosain Tehrani par Ostad Abol-Hasan Saba, autre musicien connu jouant plusieurs instruments. Ostad Ebrahim Ghanbari-mehr conçu donc un tonbak accordable, le « tonbak-e-kouki ». Malheureusement, ce nouvel instrument n’eut qu’un succès mitigé, les musiciens préférant tout de même continuer d’utiliser le tonbak traditionnel. Les joueurs de tonbak d’aujourd’hui utilisent pour la plupart l’ancienne méthode d’accord de l’instrument, « garm-kardan-ru-ye-atash », c'est-à-dire par le réchauffement de la peau devant une source de chaleur.

Un avenir prometteur

Graduellement, le tonbak a gagné une respectabilité et un réputation d’instrument sérieux. Les activités d’Ostad Tehrani ont provoqué un intérêt croissant pour l’instrument, en Iran comme en Europe. Ses efforts, ainsi que ceux d’autres joueurs de tonbak tels que Ostad Nasser Farhangfar en particulier, ont donné à cet instrument un place de choix dans la musique instrumentale. Avant la venue de ces artistes, le tonbak agissait à peine plus que comme un métronome! Heureusement, on peut affirmer que l’image du tonbak est excellente et beaucoup de jeunes musiciens en font la promotion.

Certains joueurs de tonbak ont même commencé à intégrer cet intrument dans des ensembles de musiques de fusion. Sans doute que ce type de musique représente plus ou moins d’intérêt pour ceux qui n’apprécient que la musique persane authentique, mais il n’est reste pas moins que l’utilisation de ce tambour dans le contexte des musiques de fusion traduit bien sa popularité mondiale grandissante.

Si l’on en juge par le nombre de tonbaks vendus, du nombre de livres et de méthodes écrites ainsi que du nombre de jeunes percussionnistes qui l’apprécient, tout semble indiquer que le tonbak est voué à un avenir très prometteur. Nous ne pouvons que nous en réjouir!

Remerciements. L’auteur tient à remercier Eric Stuer (Rhythmweb) pour l’édition de ce texte.

References

[KA]: Hassan Kashani, Kanz-al-Tohaf, selon une initiative de M.T. Binesh, Téhéran, 1992.
[KH]: Ruhollah Khaleghi, Sargozasht-e-Musighi-ye-Iran, Téhéran, 1974.
[M]: Hassan Mashhoun, Tarikh-e-Musighi-ye-Iran, Téhéran, 1994.
[N]: Peyman Nasehpour, Entrevue avec Ostad Fereydun Helmi (tonbak maker), Téhéran, 2001.
[P]: Mehran Poormandan, The Encyclopedia of Iranian Old Music, Téhéran, 2000.
[T]: Hosain Tehrani, Amouzesh-e-Tombak (Rudiments du Tonbak), Téhéran, 1970.