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Le Ghaval, Tambour sur Cadre Azerbaïdjanais



Le Ghaval, Tambour sur Cadre Azerbaïdjanais


par Dr. Peyman Nasehpour

Le Ghaval, Tambour sur Cadre Azerbaïdjanais

par Dr. Peyman Nasehpour

Le Ghaval (à ne pas confondre avec la musique qawwali) est un tambour sur cadre utilisé dans la musique folklorique et classique de l’Azerbaïdjan. Dans la musique folklorique azerbaïdjanaise, le Ashigh (musicien-poète) chante en s’accompagnant du gopuz (luth à long manche avec neuf cordes) et compose parfois des poèmes en différentes occasions festives. Le tambour qui accompagne habituellement le Ashigh est le ghaval. Dans la musique azerbaïdjanaise classique, un ensemble traditionnel comprend habituellement un chanteur, qui joue également du ghaval, et deux instrumentistes, l’un jouant du tar (luth à long manche) et l’autre du kamancheh (instrument à cordes joué avec archet). Dans la musique classique moderne, l’ensemble musical peut comprendre plus que deux instrumentistes. Généralement, le tambour qui accompagne l’ensemble classique moderne est le naghar (un tambour cylindrique qu’on nomme également dhol en Arménie).
L’équivalent persan du ghaval est le dayereh. En Perse (Iran), bien qu’on en trouve différents types, seul le daf est véritablement considéré comme le tambour sur cadre national. Il est dommage que le ghaval n’ait pas été intégré à la musique classique persane au même titre que le daf, malgré les efforts de certains joueurs de ghaval, dont le regretté Mahmoud Farnam qui utilisa l’instrument en accompagnant certains des maîtres de la musique persane comme Ostad Eghbal Azar (chanteur virtuose) et Ostad Gholam Hossein Bigchekhani (virtuose du tar).

L’histoire du dayereh remonte à plusieurs siècles. Des gravures sur une coupe de bronze originaire du Lorestan exposée au Musée National d’Iran nous montrent un ney double (instrument à vent), un chang (harpe) et un dayereh dans un lieu saint ou une procession, comme il fut également observé en Égypte, en Elam et à Babylone où la musique impliquait le recours à des grands ensembles.

Certains croient que le mot dayereh vient du nom dareh en pahlavi (langue persane pré-islamique). Le poète Abu Saeed Abolkheir (967-1048) fait allusion au tambour dayereh dans ses écrits.

Le ghaval n’était pas considéré comme un instrument soliste. Suite aux efforts de Ostad Latif Tahmasebi-zadeh, l’instrument s’est vu donné un rôle plus spécifique.

La cadre du ghaval est en bois, et la membrane qui le recouvre est faite de peau de chèvre ou de poisson. Aujourd’hui le ghaval moderne utilise une membrane de plastique, les peaux naturelles étant trop sensibles aux changements d’humidité. Des anneaux métalliques sont ajoutés au tambour pour agir comme sonailles. Le ghaval est de dimension plus grande que le tambour de basque occidental, mais plus petite que le daf.


Les rythmes de base au Ghaval

Il y a quatre rythmes de base dans la musique azerbaïdjanaise.

Diringi: le Diringi est un rythme léger pour la musique de danse, bien qu’on le trouve aussi dans la musique vocale. Selon les circonstances, il est joué lentement ou rapidement. Le Dirinji peut être considéré comme identique au Reng persan.

Le Diringi est un rythme à 6 temps.

Yalli: le Yalli est un autre rythme léger pour les compositions de musique vocale ou instrumentale.

Le Yalli est un rythme à 4 temps.

Lazgi: le Lazgi est la danse azerbaïdjanaise la plus connue. Il est joué à un tempo de modéré à rapide et est utilisé dans la musique instrumentale.

Le Lazgi est un rythme à 6 temps.

Mahni: le Mahni est une forme rythmique pour la musique vocale. On peut entendre ici la version la plus connue de ce rythme. Le Mahni peut être considéré équivalent au Tasnif persan.

Version à 6 temps du Mahni.

Note : à des fins de démonstration, le rythme est joué ici plus lentement que normalement.


Glossaire

Ashigh: (Pl. Ashighlar) Certains pensent que le mot Ashigh vient de l’arabe eshgh (amour). D’autres croient que Ashigh vient plutôt de Ashk et Ashkanian. Ces derniers font remonter l’origine du mot Ashigh à la période des Ashkanian, ou Arsacides en français, (royaume Parthe en Iran ancien, 247 av. J. C. à 224 apr. J. C.) et mentionnent que l’un des centres urbains les plus importants de la période des Arsacides était la ville d’Ashgabad (capitale de l’actuel Turkménistan). Une tradition alors bien connue de l’art des Ashighlar nommée de'ishma consistait en une sorte de joute musicale. Selon cette tradition, les Ashigh-s participaient occasionellement à ces joutes. Lorsque l’un d’eux perdait, celui-ci devait donner son instrument (le saz ou le gopuz) au gagnant et abandonner son emploi. L’enjeu de ces joutes consistait à composer des poèmes en improvisant.

Gopuz: le gopuz est un luth à long manche joué par les Ashigh en Azerbaïdjan. On le nomme aussi saz, bien que ce terme soit aussi utilisé comme nom générique pour tout instrument de musique en Iran, en Turquie et en Inde. Un instrument similaire au gopuz en Turquie se nomme le baglama.

Kamancheh: le kamancheh est un instrument à cordes frottées et déposé sur le sol comme un violoncelle. On le joue en Iran, en Azerbaïdjan, en Arménie, en Turquie, en Égypte et en Asie centrale. Kaman signifie archet. Plusieurs musicologues considèrent le kamancheh comme l’ancêtre du violon.

Qawwali: Qawwali ou ghawwali ou kawali désigne le chant pieux islamique. Ce chant, d’un style léger et vif est apprécié par les Musulmans et les Hindous.

Tar: le tar est un luth à long manche utilisé en Iran. Sa version persane est aussi appelée tar-e-shiraz (tar de Shiraz, l’une des villes les plus importantes de la Perse, située dans le sud-ouest) et sa version azerbaïdjanaise tar-e-ghafghaz (tar du Caucase). Tar signifie littéralement corde, accord, etc. Le mot tar apparait aussi dans d’autres noms d’instruments comme ektar, dotar, setar, sitar, khoshtar et guitar. A ne pas confondre avec le tar égyptien qui est un tambour sur cadre.


References:

Peyman Nasehpour, entrevue personnelle avec Ostad Latif Tahmasebi-zadeh, Août 1994-Août 1995.
Mehdi Setayeshgar, Vazhe-Name-ye-Musighi-ye-Iran Zamin, Teheran, Vol. I (1995) & Vol. II (1996)